Double Dragon One (Neo.Geo) 14.03.26
Sorti sous forme de ROM en septembre 2025 puis en version physique livrée en mars 2026, Double Dragon One est un homebrew qui a tout d’un fantasme devenu réalité pour les amateurs de baston 2D et de Neo Geo. Développé par Neo Byte Force, alias La Casa de Ruivo, ce projet non officiel s’attaque à un monument du beat’em up : le Double Dragon originel de 1987, dont la licence appartient aujourd’hui à Arc System Works. Le titre s'inspire en partie d'une version remake sortie exclusivement sur la console Zeebo au Brésil et au Mexique en 2009.
Et le résultat a quelque chose d’assez fascinant : on a vraiment l’impression d’être face à un jeu issu d’une collaboration imaginaire entre Technōs Japan et SNK, comme si les deux firmes avaient uni leurs forces pour offrir à la Neo Geo son propre épisode de Double Dragon. Rien que sur le papier, le concept fait rêver. Et dans les faits, il fonctionne remarquablement bien !
Une réalisation qui respire la grande époque de SNK
L’un des gros points forts du jeu, c’est évidemment sa direction artistique. Double Dragon One réutilise les superbes sprites dessinés traditionnellement par les artistes de Brizo Interactive — un studio composé d’anciens de Brezzasoft et SNK — initialement conçus pour la version iOS sortie en 2011. Le jeu les intègre dans des décors évoquant immédiatement les bornes d’arcade des années 80 et 90, avec une fidélité esthétique impressionnante.
Le rendu est franchement superbe. Les personnages ont un cachet très King of Fighters / SvC, qui s’intègre naturellement à la machine de SNK. Les membres du gang des Black Warriors sont variés, globalement très stylés, et les environnements sont instantanément reconnaissables. L’animation est extrêmement fluide, le framerate irréprochable, et je n’ai constaté aucun ralentissement durant mes parties. Sur le plan visuel, c’est une véritable réussite.
Un gameplay simple, nerveux et très efficace
Côté gameplay, Double Dragon One reste relativement basique dans sa philosophie, mais il compense largement par son dynamisme. Le dash apporte beaucoup de nervosité à l’ensemble, et surtout, l’impact des coups est excellent. Les bruitages claquent parfaitement et participent énormément au plaisir de jeu.
Les quatre boutons de la Neo Geo sont pleinement exploités :
A pour les coups de poing (jab, uppercut)
B pour le saut
C pour les coups de pied
D pour les power attacks (coups de coude, coup de tête, uppercut, genou montant)
Le système repose beaucoup sur le stun : après une série de coups ou un dive kick, on peut étourdir les ennemis puis les enchaîner avec diverses projections, voire lancer quelques juggle combos. Plusieurs attaques dashées viennent enrichir l’arsenal. Une jauge verte permet également de déclencher certaines attaques puissantes. Sur le papier, l’idée est bonne, même si dans les faits son intérêt m’a semblé assez limité, malgré quelques possibilités de combos supplémentaires.
Les armes secondaires sont elles aussi très réussies : couteau, batte, fouet, baril de pétrole, bâton de dynamite… Elles sont particulièrement jouissives à utiliser, surtout la batte et le fouet. Petit bémol toutefois : ces deux armes sont tellement puissantes qu’elles déséquilibrent un peu l’aventure. Si vous réussissez à les conserver, vous pouvez traverser certains passages presque trop facilement.
Court, dense et pensé pour le scoring comme pour le re-jeu
Le jeu ne propose que quatre niveaux emblématiques : les taudis, l’usine, la forêt et la base ennemie. Cela peut sembler peu, mais les trois derniers stages sont divisés en deux sections avec à chaque fois des environnements différents (cf mes screenshots pour vous en convaincre). Rythmé et condensé, comptez environ 30 minutes pour terminer le jeu, soit une durée de vie parfaitement dans les standards du genre.
Personnellement, cela me convient très bien : je préfère largement un beat’em up court, nerveux et que l’on relance volontiers, plutôt qu’un titre artificiellement étiré. Double Dragon One a clairement ce petit goût de reviens-y qui donne envie d’y retourner régulièrement. Et il me tarde tout particulièrement de le tester en coop !
Une difficulté à l’ancienne, exigeante mais maîtrisable
Comme tout bon beat’em up old-school, le jeu est assez coriace. Heureusement, il est possible d’ajuster la difficulté et d’augmenter le nombre de vies. Mais ne vous y trompez pas : sous ses airs de défouloir immédiat, Double Dragon One demande méthode et placement.
Il faut gérer les vagues d’ennemis intelligemment, éviter de se faire encercler et exploiter au maximum les stuns, notamment via le dive kick, surtout contre les ennemis les plus costauds. Ce n’est clairement pas un jeu où l’on peut se contenter de taper dans le tas sans réfléchir. Si vous jouez de manière trop bourrine, la punition sera immédiate.
On peut tout de même regretter l’absence d’une attaque spéciale de dégagement, consommant par exemple un peu de vie, pour se sortir des situations où l’on se retrouve complètement encerclé. Dans certains passages, on a parfois la sensation de subir des enchaînements sans vraiment pouvoir réagir. Le timer, lui, vous pousse à avancer sans perdre de temps.
Une OST survoltée et des clins d’œil bien dosés
Autre énorme qualité du jeu : sa bande-son. Les thèmes remixés sont ultra dynamiques, portés par de gros riffs de guitare particulièrement efficaces. Ils donnent immédiatement la pêche et participent largement à l’identité du titre. Honnêtement, on se dit qu’une bonne partie des 424 MEGS de la cartouche a dû passer dans l’OST tant elle envoie.
Les caméos et références, eux, restent relativement discrets, ce qui est une bonne chose. L’équipe de développement a eu l’intelligence de préserver l’esprit du matériau d’origine sans sombrer dans la surenchère. J’ai particulièrement apprécié la petite référence aux Gypsy Kings en introduction, le clin d’œil à Scarface dans la punchline du boss final, l’utilisation du Wilhelm scream lorsque l’on balance un ennemi dans un trou, ou encore le thème du premier Terminator juste avant l’arrivée du boss vert à la Hulk. Ce sont des touches bien senties, jamais envahissantes. Impossible de passer sous silence les références aux coups spéciaux de Art of Fighting également, dont l'attaque Haoh Shoukou Ken du boss final !
Une édition physique de qualité
La version physique, produite en association avec Japan Game Online, est elle aussi une très belle surprise. La qualité de fabrication est remarquable : boîte, notice, cartouche, finitions… on est clairement au niveau, voire au-dessus, de certains éditeurs professionnels. Le poster et la petite lettre personnalisée ajoutent même un charme supplémentaire à l’ensemble. Johnny16bit, pas d'inquiétude, Double Dragon One mérite incontestablement une très bonne note ! 😉
Seule réserve à ce niveau : l’artwork de l’insert principal, que je trouve un peu amateur, trop chargé, et dont le chara design ne me convainc pas totalement. Mais même là, le problème est relativisé par un détail appréciable : il est possible de choisir parmi huit inserts différents.
Quelques défauts, mais une immense réussite
Tout n’est pas parfait. J’ai relevé quelques petits bugs de collision, et la plupart des boss manquent un peu de charisme.
Mais honnêtement, ce sont des reproches mineurs au regard de la qualité générale de la production. Il faut aussi souligner à quel point Double Dragon One surclasse les précédents jeux de Neo Byte Force, à savoir Cyborg Force et Captain Barrel. Ici, on sent un vrai cap franchi dans tous les domaines.
Verdict
La Neo Geo n’a jamais été la machine la mieux fournie en beat’em up, mais Double Dragon One s’impose immédiatement comme l’un des tout meilleurs représentants du genre sur la Rolls de SNK. C’est une adaptation non officielle, certes, mais aussi une relecture extrêmement respectueuse et incroyablement bien exécutée du classique de Technōs.
Visuellement splendide, nerveux, percutant, très agréable à rejouer et porté par une OST redoutable, le jeu réussit presque tout ce qu’il entreprend.
Malgré quelques petits défauts de collision, quelques boss un peu fades et un système de jauge verte pas totalement exploité, il y a très franchement peu de choses à jeter.
Pour les fans de Double Dragon, de Neo Geo et des beat’em up à l’ancienne, c’est tout simplement une évidence.
Ma note : 16.5/20
Packaging (boite et notice)
Déroulement complet du jeu